Comment pratiquer l’esthésiologie ?

Si, au même titre que l’anthropologie, je ne peux pas définir ici une méthodologie stricte et exhaustive de comment se pratique l’esthésiologie, il me semble qu’au travers de ma modeste expérience, je peux partager certains points qui me semblent importants.

Le premier d’entre eux est, je crois, celui que j’ai appris à Emile Cohl (lors de ma premier année de mon Diplôme Universitaire « Anthropologie et Image Numerique ») quand un de mes professeurs m’a demandé de redéfinir mon projet en partant de 3 questions : qu’est ce que je veux transmettre ? Pour qui ? Et comment ? Ces trois questions me semblent, aujourd’hui encore, comme essentiel pour tout projet esthésiologique.

En ce qui concerne la première, qu’est-ce que nous voulons transmettre, la réponse parait assez évidente pour l’esthésiologue qui se trouve être aussi chercheur à l’université.  Ce qu’on veut transmettre c’est avant tout ses recherches, son travail, le savoir que l’on a construit. Pour l’esthésiologue qui n’est pas un universitaire par contre, pour celui qui serait plus du monde de la recherche que celui de la création artistique, la question est plus délicate. Soit il peut partir du travail de quelqu’un d’autre (et auquel cas, éventuellement, collaborer avec cet autre qui aurait quelque chose à raconter), soit, il peut s’interroger pour savoir si lui même n’a pas quelque chose qu’il aimerait transmettre. Dans tous les cas, il me semble important de parler de ce que l’on connaît, de partir de son vécu, qu’il soit scientifique ou non, de ne pas parler des soi-disant problèmes du monde (même avec de bonnes intentions), mais de parler des problèmes que nous, nous éprouvons face au monde. Cela parait évident dit comme ça, mais ce n’est pas si rare de voir des auteurs parler de choses qu’ils ne maitrisent pas et qui les dépassent (et quand je dis ça, ce n’est pas pour « jeter la pierre », il m’ait aussi arrivé de faire ce type de films).

En ce qui concerne la seconde question, comme je l’expliquais dans un article précèdent déterminer un public cible ne veut pas dire se limiter à celui-ci mais simplement concevoir sa futur création esthétique en vue d’un certain nombre de personnes, afin d’adapter son discours à leur langage, afin de rendre intelligible ce que l’on tente de transmettre. Se poser la question du public, c’est donc aussi se poser la question du medium que l’on doit choisir, parce que tous les publics n’utilisent pas de la même façon les mêmes médias (l’usage d’internet selon les différentes tranches d’âges en est un parfait exemple).

La question du « pour qui » pose donc intrinsèquement celle du « comment nous voulons transmettre », et sur ce troisième point, il me semble important de choisir le média en fonction du public (comme expliqué plus haut), mais aussi en fonction de soi, de ses compétences, et de ses envies. Il faut utiliser un média avec lequel on se sent à l’aise ou avec lequel on a la possibilité de collaborer avec une personne qualifiée. Ensuite, il me semble que la question du comment transmettre se pose selon les attentes du public que l’on cible. Est-ce que celui-ci est demandeur d’un contenu scientifique, ou non ? Est-ce que celui-ci consomme le média dans l’attente d’apprendre de nouvelles choses ou est-ce que celui voit le média plutôt dans une logique de divertissement ? La encore, bien entendu, ces questions sont réductrices. Souvent les attentes d’un public sont plurielles (et parfois même inconscientes). Cependant, on ne va pas au cinéma comme on va assister à une conférence. Dès lors, tenter de prendre conscience de la façon dont le public va capter le media que nous voulons lui proposer va avoir une influence sur la façon dont nous allons construire ce média.

Pour ma part, et bien que je pense qu’il ne faille pas se limiter à un seul public (ou à une seule façon de transmettre), il me semble important de toucher ceux qui n’attendent pas spécialement un contenu réflexif, mais qui cherchent simplement à se divertir. Et, je crois que la fiction permet cela (quelle soit sous forme littéraire, filmique, ou autre). Bien souvent, ce que les gens cherchent au travers d’un long-métrage (par exemple), ce n’est pas de s’enrichir intellectuellement parlant, pour autant, parfois, c’est que ce qui arrive. Toutes les fictions ne sont pas faites dans l’unique but de détourner l’attention des gens. Parfois, le divertissement permet justement, au contraire, de repenser les choses. C’est notamment le cas des métaphores et des allégories. En se déconnectant du réel, la fiction se détache du vrai pour ne s’accrocher qu’au vraisemblable. De part la création diététique qu’elle opère, la fiction permet donc de reposer les éléments dans un contexte diffèrent, de les penser au travers d’un autre regard. Et, en cela, il me semble qu’elle peut être un outil relativement efficace pour transmettre les « savoirs anthropologiques ». Que ça soit au travers du cinéma (une forme pour laquelle je suis particulièrement lié de par mon histoire personnelle) que ça soit au travers de la littérature, la bande dessine, le livre illustre, le conte (pour lesquels je me sens de plus en plus attiré) ou bien que ça soit encore au travers d’autres medias (auxquels je ne suis à priori pas particulièrement attaché) tel que : la dance, le théâtre, le chant, etc.

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