Un retour d’enquête pour qui ?

Lors de mes quatre premières années universitaires, je n’ai jamais entendu parler du destinataire de notre travail. La question : « pour qui écrit-on ? » était peut-être (trop) évidente. Nous étions à l’université, nous écrivions pour la communauté universitaire. On ne se posait pas la question. Pourtant, étudiant, quelque chose me révoltait dans cette façon de faire. Pour moi, l’université, en tant qu’institution publique, ne devait pas se replier sur elle même, mais au contraire, tendre vers les autres, et en particulier, les contribuables, les citoyens qui payent des impôts et nous permettent de faire nos recherches. C’est d’ailleurs peut-être cela qui m’a poussé à faire un Diplôme Universitaire (D.U Anthropologie et Image Numérique), et c’est là bas qu’on m’a posé, pour la première fois, une question essentielle en terme d’écriture (qu’on écrive un livre, un ouvrage scientifique, un film ou un mail) : A qui s’adresse-t-on ? Quel est notre destinataire ? Quel est notre public cible ?

Pour ce qui est d’une enquête anthropologique, je pense qu’en premier lieu, on écrit pour ceux qui nous ont permis de faire cette enquête : ceux qui l’ont financé, les personnes qui l’ont aidé à se développer théoriquement (notre directeur de recherche, nos collaborateurs scientifiques, etc.) et notre terrain (avec qui on a coopéré empiriquement). Ensuite, je pense qu’en tant que chercheur dans le domaine public, en tant qu’universitaire, en tant que membre d’une institution financé par la société (et qui se doit donc d’être aussi ancré dans cette même société), nos recherches doivent être aussi accessibles, d’une manière ou d’une autre, à un public plus large, pas forcément adapté au « langage universitaire », à la société en générale. Pour cela, il faut rendre notre travail intelligible. En adaptant directement nos discours selon les retours que l’on perçoit de sa réception quand on est dans le cas de figure d’un échange vivant (comme c’est le cas lors d’un cours ou une conférence). Ou en s’adaptant selon une préconception de ce que va être notre public quand on est dans le cas de figure d’un échange à travers un média mort (livre, enregistrement audio, expositions photos, films, etc.). Dans tous les cas, il faut adapter son discours, sa rhétorique, et ses ambitions. Parce qu’il parait évident que si on peut tout expliquer à n’importe qui, cela ne prend pas le même temps si l’on se trouve face à (par exemple) un public d’adolescents que face à un public de trentenaires. Cette question du « pour qui écrit-on » est donc, il me semble, fondamentale. Et nous avons malheureusement trop tendance à l’oublier. Peut-être, plus encore nous, les chercheurs en Science Humaine et Sociale…

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