Le choix des terrains « proches »

Travailler sur un terrain lointain ne m’a jamais vraiment attiré. Les tribus indiennes d’Amériques, les ethnies d’Afrique, tous ces autres sujets « exotiques » m’ont toujours paru comme quelque chose d’étrange (de justement trop exotique pour que je puisse l’étudier). Je n’ai jamais eu de liens avec ces populations, et je n’ai jamais été porté par le désir d’en avoir. En disant cela, je ne veux pas affirmer qu’étudier ces peuples ne peut rien nous apprendre sur l’Homme et sa diversité. Bien au contraire, je pense qu’étudier l’Autre est toujours intéressant pour à la fois mieux se définir, et, à la fois, ouvrir son « Soi » à d’autres formes d’êtres. Ce que je veux dire, c’est que moi, Etienne Husson, petit individu aux connaissances limitées, je n’ai jamais été particulièrement attiré par ces populations. Ce qui m’a intéressé en anthropologie, ce n’était pas cette prédisposition pour « l’ailleurs », pour « l’autre », mais plus pour la façon, la manière dont l’anthropologie étudierait ses « autres ». Si j’étais donc déjà en contact avec des populations dit « exotiques », je les étudierais comme je pourrais étudier tout autre type de population, cependant, n’étant pas en contact avec ces populations et les étudier me parait comme étant quelque chose de lointain, abstrait, presque inaccessible pour moi. Je ne partage avec eux que très peu de codes et de langues. A l’inverse, dans le monde que le langage courant qualifie (à tord) de « contemporain » ou de « occidental », je partage évidemment des repères culturels communs. Je ne pense pas toutefois que notre société soit quelque chose d’uniforme, sans diversité, ou altérité potentielle. Dans l’ensemble de mes interactions journalières, il est possible de repérer plusieurs interférences, qui sont, il me semble, autant de manifestations de cette différence, de cette altérité sociale. Bien souvent, nous nous en accommodons pour pouvoir continuer à vivre, pouvoir continuer d’agir, sans être toujours dans une réflexion intellectuelle perpétuelle. Mais parfois, « passer à autre chose » est impossible, et il nous faut donc faire face à la différence, essayer de comprendre l’altérité, afin de pouvoir continuer d’avancer. Dès lors, il me semble que l’anthropologie a un rôle à jouer. Non pas dans la résolution de ces problèmes d’interférences (cela serait présomptueux), mais dans l’idée de mieux les comprendre, d’en voir quels enjeux il s’en dégage. Cependant, mener une anthropologie du « proche » peut aussi poser question. Bien souvent, notre position en tant que chercheur ne peut pas être neutre. Un chercheur ne choisit pas un sujet par pur hasard. Bien souvent, il y voit dans celui-ci un intérêt (qui peut-être de plusieurs ordres : personnel, affectif, professionnel, scientifique, etc.). Dans le cas d’un terrain « lointain » cet intérêt existe aussi mais il est le fruit d’une projection, d’un apriori dont il est peut-être plus facile de se défaire que dans le cas d’un terrain « proche », où notre intérêt se base souvent sur un vécu, des interactions et une expérience commune avec le futur terrain étudié. Aussi, faire le choix d’un terrain proche demande, peut-être plus encore que lors d’un terrain « lointain », de réfléchir à notre propre démarche, à notre propre volonté de s’impliquer et mener une recherche sur ce futur terrain.

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