Lettre ouverte à l’intention de Louis Dubost

Monsieur Louis Dubost,

Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage « Lettre à un éditeur de poésie à un poète en quête d’éditeur » et je voulais faire part de mon ressenti vis-à-vis de votre production littéraire.

Avant toute chose, sachez que je ne suis ni auteur, ni lecteur de poésies. Je n’ai pas été initié à cette forme littéraire et les rares ouvrages que j’ai pu ouvrir ne m’ont pas touché: peut-être n’ai je pas ouvert les bons, ou peut-être ne les ai-je pas ouvert au bon moment. Quoiqu’il en soit, si j’ai été amené à lire votre livre, c’est que je suis (comme tant d’autres) à la recherche d’un éditeur pour un roman que j’ai écrit, et que j’éprouve (là encore apparemment comme beaucoup d’autres auteurs) quelques difficultés de communication avec les éditeurs. Afin de ne pas rester dans une position où je pourrais me sentir « victime » du système, et dans le but de comprendre comment ce métier fonctionnait, j’ai donc lu plusieurs livres, dont le votre.

Avant d’aller plus loin, je voulais que vous sachiez néanmoins que cette lettre était l’œuvre d’un jeune écrivain, qui connaît trop peu de choses sur la poésie et qui a encore, peut-être, un regard candide, innocent, et rêveur sur ce qu’est l’édition et la littérature en générale. Vous êtes donc désormais prévenus. Si vous jugez une de mes remarques trop candides, n’hésitez pas à m’apportez la complexité nécessaire pour que je repense la question.

Le premier élément avec lequel je ne suis pas vraiment d’accord avec votre texte concerne cette idée « qu’un livre se construit sur d’autres livres » et ce portrait que vous faites de « ces écrivains qui n’ont pas le temps de lire ». Dans ma vie, j’estime avoir lu peu de livres. Non pas seulement par manque de temps, mais aussi par manque d’intérêt. Pire encore, plus jeune j’ai souvent été méfiant vis-à-vis de la littérature. Très souvent, celle-ci m’apparaissait comme contre productif. « On lit pour vivre par procuration, on lit pour savoir quoi penser » : voilà les idées arrêtées qui peuplaient mon esprit. Heureusement (comme beaucoup d’entre nous), j’ai eu la chance de vivre différentes expériences qui m’ont montré la littérature sous un autre angle. Désormais, je lis. Et plus important encore, désormais, je vois dans la lecture une source d’intérêt et de plaisir. Alors certes, comparé à certains lecteurs, il est vrai que je lis toujours peu. Je pourrais invoquer pour cela des raisons de temps et de disponibilité, mais ce n’en est pas l’unique raison. Je lis peu car je suis un lecteur exigent et que tout ne me plait pas dans la littérature. Je lis peu aussi, car je ne connais pas assez qu’est-ce qui mérite d’être lu. J’essaye donc des livres. Certains sont des révélations. D’autres finissent inachevés. Quoiqu’il en soit, désormais, je lis régulièrement, avec curiosité et non plus par obligation. En rien cette pratique n’est donc liée à une quelconque perte de temps dans mon esprit. Malgré tout comme les écrivains dont vous faites le portrait, le fait de devoir lire 2 à 3 livres de chaque maison d’édition que je sollicite m’apparaît inévitablement comme quelque chose de peu productif.

Certes, je m’accorde à dire que le métier d’écrivain ne se résume pas qu’à écrire. Mais lire n’est pour moi pas un devoir. Cet acte doit être le fruit d’une curiosité, certes parfois liés à un intérêt, mais jamais à une obligation. Si je comprend que certaines procédures de filtrage (aller voir le site de l’éditeur, s’assurer qu’il édite bien le genre de notre manuscrit, lire sa ligne éditorial, tenter de comprendre la politique de ses différentes collections, etc.) sont nécessaires avant d’envoyer son manuscrit (afin de limiter les envois et minimiser les pertes d’argent pour nous écrivain et de temps pour vous éditeurs), ils me semblent que lire 2 à 3 livres de chaque maison d’édition que nous sollicitons est une entreprise fastidieuses et peu efficace. Evidemment, connaître qui édite quoi est un plus. Et si je peux être enchantée à l’idée de lire plusieurs romans d’une même maison d’édition (sous les conseils d’un ami par exemple), je ne pourrais pas l’être par le biais d’une simple motivation mercantile. Je n’ai pour autant aucun problème avec l’idée de « vendre mon livre » mais, à mon sens, lire des livres a d’autres fonctions. Vous en soulevez notamment une : nourrir culturellement et « linguistiquement » un écrivain. Pour autant, est-ce la seule source d’inspiration possible de ce dernier ? Je ne crois pas. A mon sens, un livre ne se construit pas forcément que sur d’autres livres. Affirmer une telle chose est pour moi un raccourci, et si c’était vraiment le cas, si la littérature se nourrissait uniquement de ses propres productions, il me semble que celle-ci tournerait en rond (centré sur son propre nombril). De mon point de vue, un livre se construit sur d’autres livres, certes, mais aussi sur des expériences vécus, des sentiments, des apprentissages, des connaissances… Alors, certes. Pour retransmettre tout cela, on utilise un media, le livre, et il convient de le maîtriser. Pour cela, lire des livres, regarder ce que d’autres écrivains produisent est primordiale, je vous l’accorde. Pour autant, je pense qu’il s’agit là d’un minimum syndical, et ne faire que ça serait pour moi une erreur. De plus, la vie ne se contente pas que de la littérature mais offre une multitude d’autres choses à lire : les autres média artistiques d’une part (comme le cinéma, la bande dessinée, la radio, le dessin, le théâtre, la danse, etc.), mais aussi les humains, les êtres vivant, leur manière de parler, de bouger, de s’exprimer, de se comporter, de socialiser, de réfléchir,  de ressentir, etc. Inévitablement donc, affirmer comme vous le faite « qu’un livre se construit sur d’autres livres » est pour moi réducteur.

J’en viens au second point avec lequel je ne peux être d’accord avec votre livre. Vous semblez regretter que des gens rêvent de vouloir devenir écrivain.

Je comprends qu’il est usant pour un éditeur de recevoir des « pseudo-auteurs » (pour reprendre vos termes), mais d’un autre côté, je reste sceptique quant au discours dépréciatif de l’éditeur peu satisfait de ce qu’on lui propose. A partir du moment où l’on permet à n’importe qui d’envoyer un manuscrit, à partir du moment où on accepte de recevoir des manuscrits par voix postales (ce qui n’est à priori pas votre cas, mais ce qui est le cas de beaucoup d’éditeurs), on s’ouvre à un vaste panel d’auteurs variés, et il faut accepter que parmi eux se trouvent d’une part des auteurs qui ne nous correspondent pas, et d’autres parts, des auteurs qui sont, comme vous le qualifiez, des « pseudo-auteurs », c’est-à-dire des personnes qui « rêvent de devenir écrivain », non pas pour transmettre leurs écris, mais surtout pour pouvoir adhérer à une certaine catégorie sociale qu’il se représente et idolâtre. Je comprends que ce système de sélection demande du temps, de l’énergie, et de l’argent, qu’il n’est pas toujours « rentable » et qu’il peut sans doute apporter beaucoup plus d’insatisfaction que d’émancipation. Pour autant, il me semble qu’il n’y a quand faisant ce choix que l’on peut accéder à des nouveaux regards sur le monde et des nouvelles formes d’écriture. De plus, faire ce choix c’est aussi entretenir une certaine idée de ce qu’est (ou devrait être) l’écriture et la littérature. A savoir, un média d’expression accessible à tous.

Et à mon sens, c’est ici que le métier d’éditeur prend tout son sens. Il ne s’agit plus seulement d’imprimer et vendre des livres. Il s’agit d’accompagner des auteurs. Non pas seulement ceux qu’on décide de publier, mais aussi les autres, ceux qui vous font parvenir un manuscrit.

Je suis, comme je vous le disais en introduction de cette lettre, un jeune auteur un peu candide, et même si je sais pertinemment que « accompagner des auteurs » n’est pas lucratif financièrement parlant, cette dimension de l’édition me parait essentielle. A mon sens, le métier d’éditeur devrait aussi comprendre une dimension d’utilité publique. D’une part parce que dans son choix d’éditeur, dans la sélection des écrits qu’il va publier, il façonne d’une certaine manière notre culture. Ensuite, parce qu’en réceptionnant et en accueillant les textes de potentiels auteurs, il effectue (ou devrait effectuer) un travail social.

Je crois sincèrement que notre société aurait en effet tout à gagner si les auteurs (de littératures, mais pas seulement, tous les porteurs de projets culturels en fait) pouvaient disposer d’un réel retour de la part des éditeurs ou des comités de lectures qui reçoivent nos productions. Evidemment, ce travail d’utilité publique n’est pas toujours reconnu, et aucun financement public ne vient l’affirmer. Ceci étant dit, est-ce qu’écrire trois lignes personnelles dans une lettre type de retour de manuscrit demandent réellement beaucoup de temps à un éditeur ? Par rapport à celui dépensé pour la lecture du manuscrit envoyé, je ne pense pas. Cela peut même être l’occasion pour lui de faire un peu de communication, donner une belle image de sa structure, montrer qu’il ne s’agit pas d’une maison d’édition froide comme une imprimante, mais d’une structure à l’écoute des auteurs. C’est aussi une question de respect. Un auteur vous a apporté un travail sur lequel il a mis, à priori, beaucoup de cœurs, un éditeur pourrait au moins le raccompagner convenablement l’auteur à la porte.

Je crois qu’en envoyant un manuscrit à un éditeur, la plupart des auteurs n’attendent finalement pas de savoir si leur travail sera publié ou pas. Ils tentent d’avantages de savoir où ils en sont. Ce qui les intéresse, c’est avant tout avoir le regard d’un professionnel sur leur production. Notre manuscrit est-il prêt à être publié ? Doit-on encore retravailler notre manuscrit, et si oui, avez-vous senti des éléments qui manquent à notre récit ? Existe-t-il un éditeur qui serait plus sensible qu’un autre pour nous le publier ? Voilà les questions que nous nous posons et que nous aimerions désormais poser à des éditeurs. Quand c’est le cas, c’est que nous avons la sensation d’être « au bout du chemin ». Nous nous sommes déjà fait relire par nos proches, et nous avons déjà l’assurance nécessaire pour penser que notre écrit est d’une certaine qualité. Avoir le retour d’une personne extérieur et professionnelle nous permet de nous conforter dans cette idée ou bien d’entrevoir de nouvelles perspectives pour « reprendre la route ». De plus, il ne faut pas oublier que la plupart des auteurs qui envoient leur manuscrit par la poste sont souvent des jeunes auteurs en quête d’une « première édition ». Et si l’apprentissage est fait de tâtonnement, l’éditeur de par son expérience du paysage littéraire français, peut être la figure du guide, celle de l’accompagnateur.

Malheureusement, force est de constater que cela est trop peu fait. Le problème n’est donc pour moi pas tant que des pseudos auteurs se mettent à rêver. Ce qui me dérange d’avantage, c’est que des éditeurs ne prennent pas le temps de ramener ces rêveurs à la douce réalité du travail (car le travail est une douce réalité quand on sait pour quoi on le fait). Si tous les auteurs ne sont pas corrects comme vous l’affirmez dans votre livre, j’affirmerais donc en retour que les éditeurs ne le sont pas tous non plus. Malgré tout, si nous avons tous des contraintes qui nous sont propres. Il ne faut pas perdre en tête que ce n’est qu’ensemble que nous pourrons avancer.
Aussi, et pour finir cette lettre, je voulais vous remercier d’avoir écrit ce livre. S’il me laisse encore un goût d’inachevé (j’aurais aimé que vous alliez plus loin dans le rapport auteur-éditeur et que vous ne vous contentiez pas que « d’un seul côté de la rive »), il a au moins le mérite de faire part de votre expérience en toute humilité et sincérité. Pour tout vous dire, dissimulé derrière un grand ras-le-bol, j’entrevois même derrière vos phrases une volonté de faire la paix avec les auteurs pour continuer d’avancer ensemble. C’est d’ailleurs ce en quoi votre livre est instructif.
Merci donc d’avoir écrit ce livre. Il m’a permit d’avancer dans un environnement pas forcément très clair.

Bien à vous,
Etienne HUSSON.

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